Google auditionné au Sénat : quand les géants du numérique oublient combien ils ont touché d’aides publiques… par simple modestie fiscale

L’audition de Google France devant la commission d’enquête du Sénat sur les aides publiques vire au sketch : impossible de dire combien ils ont touché. Oubli ? Flou fiscal volontaire ? Les sénateurs, eux, n’ont pas ri.

Quand le géant mondial de la donnée oublie… les siennes. Ce 24 mars 2025, Google France a été convoqué par la commission d’enquête du Sénat sur l’utilisation des aides publiques. L’objectif : savoir combien la multinationale a profité d’exonérations, du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), ou d’allègements sociaux. Réponse : « on ne sait pas ». Une réponse qui a laissé les sénateurs Fabien Gay (PCF) et Olivier Rietmann (LR) médusés. (source : Sénat)

Les géants du numérique savent tout de vous. Mais de leur côté, ils oublient aisément combien l’État leur a fait cadeau. Une amnésie comptable qui tombe mal face à une commission parlementaire. Renault, Michelin, Auchan, eux, avaient apporté leurs chiffres. Google ? Rien.

La donnée qui dérange : quand le CICE devient indétectable chez Google

Alors que le CICE a représenté des milliards d’euros d’aides publiques entre 2013 et 2018, Google France a répondu… ne pas avoir de chiffre. Benoît Tabaka, secrétaire général, évoque un calcul « approximatif » qui « n’existe pas ». Une déclaration sidérante de la part d’un des maîtres de l’algorithmie mondiale. Sébastien Missoffe, directeur général, avoue ne pas avoir regardé « avant 2020 ». Bien pratique.

Pour les sénateurs, la ligne rouge est franchie. « Vous n’êtes pas une TPE-PME », s’agace Fabien Gay. La présomption d’innocence fiscale, très bien. Mais la présomption d’incompétence comptable ? Un peu gros, même pour le Sénat.

Aides ? Non sollicitées. Mais exonérations ? Oh, ça, c’est automatique.

Google a assuré n’avoir demandé aucune aide publique directe. Pas de chômage partiel pendant le Covid, pas de mécénat fiscal, et surtout – clou du spectacle – pas de crédit impôt recherche (CIR). Un choix « très surprenant » selon Fabien Gay. Google répond que la recherche est « organisée de façon globale ». Traduction : on innove en France, mais les aides, on les laisse ailleurs.

Quant aux exonérations sociales, Google reconnaît que la quasi-totalité concerne l’intéressement et la participation. Pas les salaires ? Tant mieux pour le storytelling.

Pourquoi cette discrétion ? Parce que fiscalement, c’est plus prudent

Et là réside le cœur politique du problème. Fabien Gay le dit clairement : Google n’a pas voulu être vu comme un bénéficiaire d’aides publiques, tout en optimisant sa fiscalité, car cela ferait désordre dans la vitrine éthique. Une stratégie assumée : ne pas apparaître comme un parasite fiscal tout en profitant du système. À ce jeu-là, le flou devient un art.

Le Sénat n’est pas dupe. « Il ne faut pas prendre les sénateurs pour des lapins de trois semaines », lâche Olivier Rietmann. La formule est devenue virale, mais surtout, elle résume une exaspération croissante : celle de voir les multinationales jouer avec les règles sans jamais vraiment les enfreindre.

Conséquences politiques : réforme des aides, transparence et fin des cadeaux anonymes ?

L’audition relance le débat sur les aides automatiques accordées à des entreprises déjà ultra-solvables. Si Google France peut « ne pas savoir » combien elle a perçu, c’est bien qu’il y a un problème de traçabilité des fonds publics. Et donc de légitimité.

Du côté de la commission d’enquête, les suites s’annoncent corsées. Dossier à suivre pour une future loi de transparence fiscale sur les aides d’État, avec obligation pour les entreprises de publier ce qu’elles ont perçu, y compris indirectement.

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