Alexis Kohler, surnommé affectueusement – ou non – le « vice-président » par certains observateurs politiques, quitte enfin ses fonctions de secrétaire général de l’Élysée après huit longues années d’un règne discret mais omniprésent aux côtés d’Emmanuel Macron. Un départ annoncé pour mi-avril 2025, qui n’est pourtant pas sans conséquences pour le palais présidentiel et la politique française toute entière.
Alexis Kohler : un « vice-président » qui ne disait pas son nom
Depuis son arrivée à l’Élysée en 2017, Alexis Kohler a toujours été considéré comme l’ombre d’Emmanuel Macron, ou plutôt comme celui qui tient véritablement les clés du château présidentiel. Une sorte de Premier ministre officieux qui, dans la coulisse, orchestrait sans bruit les stratégies politiques et économiques du chef de l’État. Ce polytechnicien au caractère aussi discret que redoutable, a souvent fait l’objet de critiques pour son omnipotence. Certains allaient même jusqu’à plaisanter sur le fait qu’il faudrait peut-être songer à lui créer une fonction officielle de « Vice-Président » pour mieux cadrer avec la réalité de son pouvoir.
Au fil des années, Alexis Kohler s’est imposé comme une pièce maîtresse incontournable, allant jusqu’à détenir une autorité inédite dans l’histoire de la Vᵉ République. Ce niveau d’influence n’avait été atteint par aucun de ses prédécesseurs, comme le soulignait récemment Mediapart dans un article très détaillé sur son parcours (Mediapart.fr).
Un départ bien orchestré vers le secteur privé
Si officiellement, Alexis Kohler part en toute simplicité pour « relever de nouveaux défis », il faut reconnaître que sa prochaine destination est tout sauf anodine. Dès la fin de sa mission à l’Élysée, Kohler prendra ses quartiers à la Société Générale, où il occupera le poste prestigieux de directeur général adjoint, chargé notamment des fusions et acquisitions. Une reconversion dorée qui n’a pas manqué de relancer les polémiques sur le mélange des genres entre la haute fonction publique et le secteur privé, un sujet devenu presque banal tant il est fréquent dans le cercle rapproché du pouvoir.
La Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) a beau valider la démarche, la symbolique reste lourde. Après avoir façonné la politique économique du pays, Alexis Kohler utilisera désormais son carnet d’adresses et son savoir-faire pour influencer les stratégies financières de l’une des principales banques françaises. De quoi rassurer les citoyens sur l’étanchéité entre intérêt public et privé… ou pas.
Quelles conséquences pour Emmanuel Macron et la fin de son mandat ?
Ce départ, loin d’être anodin, marque un tournant délicat pour Emmanuel Macron, qui devra désormais apprendre à gouverner sans son « stratège de l’ombre ». Alexis Kohler représentait bien plus qu’un simple conseiller : il était le pivot central d’un système politique dont la mécanique reposait largement sur sa capacité à coordonner ministères et administrations. L’arrivée d’Emmanuel Moulin à sa place, bien que logique en apparence – Moulin étant un ancien directeur du Trésor –, ne garantit pas forcément la même maîtrise ni la même influence politique.
Certains analystes prédisent d’ailleurs un affaiblissement de la présidence Macron en cette fin de mandat, le chef de l’État perdant son bras droit historique au moment même où son autorité se fissure déjà sur plusieurs fronts politiques et sociaux. La macronie sans Kohler ressemblera-t-elle à un orchestre privé de son chef officieux ? C’est désormais la grande question qui agite les couloirs du pouvoir.
Alexis Kohler : un départ aux airs de conflit d’intérêt déguisé ?
Enfin, même si officiellement tout est parfaitement légal et validé par les autorités compétentes, le départ de Kohler vers la Société Générale alimente une fois de plus les soupçons de conflits d’intérêts. Rappelons qu’il avait été mis en examen en 2022 pour prise illégale d’intérêts en raison de ses liens familiaux avec MSC, le géant des croisières. (France 24) Bien qu’aucune condamnation n’ait été prononcée, cette nouvelle reconversion ne fait que jeter de l’huile sur le feu d’une suspicion persistante.
Ainsi, Alexis Kohler quitte-t-il l’Élysée aussi discrètement qu’il y était arrivé, laissant derrière lui un parfum tenace de toute-puissance et d’ambiguïté. Une chose est certaine : son départ ne marque pas seulement la fin d’une époque, il révèle surtout les failles béantes d’un système où le mélange des intérêts privés et publics semble devenir la norme. À suivre de très près donc.