Le rôle de « vice-président » officieux en France : comprendre ce concept politique très français qui n’existe pas officiellement

Si le terme « vice-président » évoque généralement les États-Unis, la France, elle, n’a officiellement aucun vice-président. Pourtant, derrière les épais rideaux de l’Élysée se cache souvent un personnage discret, puissant, voire omnipotent, qui exerce officieusement une fonction similaire : le secrétaire général de la présidence. Dernier en date, Alexis Kohler a été décrit comme tel durant huit ans de macronisme.

Vice-président officieux : une particularité très française ?

Le secrétaire général de l’Élysée, par tradition, gère les affaires courantes du président. Mais dans la pratique, certains titulaires de ce poste acquièrent une influence exceptionnelle, au point d’être surnommés par la presse et les analystes le « vice-président officieux ». Alexis Kohler, bras droit d’Emmanuel Macron entre 2017 et 2025, en est l’exemple le plus récent. Décrit par Mediapart comme « hors norme et hors cadre », Kohler était impliqué dans quasiment toutes les décisions stratégiques de l’exécutif (Mediapart).

Cette « vice-présidence » non-officielle découle du modèle ultra-présidentialiste de la Vᵉ République, qui concentre le pouvoir autour du président et, par extension, de son proche entourage.

À quoi sert ce vice-président officieux ?

Concrètement, le secrétaire général (et donc « vice-président » informel) :

  • Coordonne la stratégie politique du président.
  • Contrôle le flux d’informations vers le président.
  • Supervise indirectement les ministères, dépassant parfois même le Premier ministre.
  • Agit en relais direct des grandes décisions présidentielles.

Ainsi, Alexis Kohler était décrit comme l’homme capable d’imposer discrètement sa vision économique, politique, voire diplomatique, tant son influence s’étendait largement au-delà des fonctions classiques d’un secrétaire général (LCP).

Et ailleurs dans le monde, ça marche comment ?

Le poste de vice-président officiel existe dans plusieurs systèmes politiques étrangers, mais avec des fonctions précises et une légitimité électorale différente.

  • États-Unis : Le vice-président est élu en même temps que le président. Il remplace ce dernier en cas d’incapacité, préside le Sénat américain et soutient politiquement le président (US Senate).
  • Allemagne : Le vice-chancelier, membre du gouvernement fédéral, remplace le chancelier en son absence, sans pouvoir comparable au « vice-président officieux » français. Il représente généralement un parti de la coalition (Bundesregierung.de).
  • Italie : Le vice-président du Conseil italien existe seulement lorsque les coalitions le nécessitent, sans pouvoir réel sur les ministères autre que politique (Gouvernement Italien).

Dans ces pays, le « vice-président » dispose d’une légitimité claire et d’une fonction transparente. En France, à l’inverse, c’est la proximité personnelle avec le président qui fonde l’autorité informelle du « vice-président » officieux.

Conséquences d’un poste officieux aussi puissant ?

Ce statut officieux soulève plusieurs questions démocratiques :

  • Manque de transparence : Le secrétaire général n’étant pas élu, sa grande influence pose question sur l’équilibre démocratique.
  • Confusion des rôles : Risque de conflits de compétences avec le Premier ministre, théoriquement en charge du gouvernement.
  • Influence excessive d’un individu non élu : Certains dénoncent une dérive monarchique de la présidence française, accentuée par cette « vice-présidence officieuse ».

Ainsi, même si la France ne possède pas officiellement de vice-président, l’influence du secrétaire général de l’Élysée dépasse souvent largement ses fonctions initiales. Alexis Kohler, en tant que dernier représentant marquant de ce phénomène, a remis sous les projecteurs ce paradoxe très français.

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